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CERN (Francais) | Geneva | Switzerland

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Maîtriser la complexité

Je reviens tout juste de la réunion annuelle du Forum économique mondial, à Davos. Durant ces quelques jours, je me suis attaché à faire comprendre que la science devrait occuper dans l’agenda politique et économique une place bien plus importante qu’elle ne le fait actuellement. C’est la deuxième fois seulement que je participe au Forum, mais j’ai l’impression que le message commence à être entendu. Cette année, j’ai insisté sur le fait qu’il est important d’établir des liens plus étroits entre les questions scientifiques évoquées au cours de la réunion et les discussions politiques, et je m’efforcerai de promouvoir cette idée en vue de la prochaine réunion du Forum.

La science est un sujet complexe. C’est ainsi. Mais il est essentiel que chacun l’aborde de manière constructive. C’est particulièrement vrai pour les hommes politiques et les chefs d’entreprise présents à Davos, dont les décisions en rapport avec des questions scientifiques peuvent influencer bien des choses, du bien-être de nos enfants à l’avenir de la planète. Il est fondamental que ces décisions soient prises de manière informée et rationnelle.

Le défi pour la science, c’est que nous vivons dans un monde où l’on se doit de connaître Shakespeare, Molière ou Goethe, mais où l’on peut avouer sans honte ne rien savoir de Faraday, de Pasteur ou d’Einstein. Cela n’a pas toujours été le cas et les choses pourraient être différentes. Aujourd’hui, la tendance est à l’indifférence, voire à l’hostilité envers la science. C’est une tendance dangereuse pour tous, et il est du devoir de la communauté scientifique d’y remédier.

Il n’y a encore pas si longtemps, la science faisait partie intégrante de la société. Elle faisait la une des journaux et on en parlait autant que des matches de football. Au début du XXe siècle, les découvertes d’Einstein étaient illustrées par des dessins de presse, et, dans les années 60, la science envahissait l’imaginaire populaire, en grande partie grâce au programme Apollo de la NASA. Mais, déjà, l’écart entre la science et la société se creusait, et cette tendance n’a fait que s’accentuer, laissant la société mal préparée pour prendre des décisions fondées scientifiquement.

Le changement climatique et l’énergie sont les deux grands défis auxquels la société doit aujourd’hui faire face. Ce sont là deux questions scientifiques et politiques extrêmement complexes. Le climat est en train de changer. Cela ne fait aucun doute, tout comme le fait que l’activité humaine y est pour quelque chose. Et pourtant, dans la sphère publique, la question reste débattue De la même façon, on ne peut que constater que les énergies renouvelables ne suffisent pas à l’heure actuelle pour satisfaire les besoins toujours croissants de la planète. Cela ne veut pas dire qu’elles n’ont pas leur place. Bien au contraire, et cette place prendra de l’ampleur au fil des ans. Mais il faudra du temps avant de pouvoir répondre à la demande. La société est-elle armée pour prendre les difficiles décisions qui s’imposent sur des questions d’importance planétaire comme celles-ci ? Je ne le pense pas.

Sur le plan individuel, un grand nombre de sujets laissent les citoyens perplexes, ce qui les amène à prendre des décisions en étant mal informés ; des décisions qui sont littéralement d’importance vitale : cela peut concerner la maladie de la vache folle, la peur du vaccin ROR, l’innocuité des téléphones portables, pour ne citer que ces quelques exemples.

Au CERN également nous avons bien sûr expérimenté ce phénomène. Lorsque le LHC a démarré en 2008, le monde a eu peur du trou noir. Une poignée d’individus prétendaient que notre accélérateur vedette allait créer un trou noir qui engloutirait notre planète. L’idée s’est répandue sur les réseaux sociaux et a été également largement reprise dans les médias traditionnels, dont un grand nombre ont cédé à la facilité, laissant de côté le code d’éthique journalistique et préférant exploiter l’aspect grotesque du scénario. Malheureusement, la science a trop longtemps négligé la société, et nombreux sont ceux qui n’ont pu voir tout ce que cela avait de risible. On a même signalé que des écoles avaient fermé le jour de l’inauguration de la machine pour permettre aux enfants d’être auprès de leurs parents, au cas où. Et tout cela, sur le témoignage d’un homme qui, interrogé à la télévision, a expliqué que, puisque le LHC allait peut-être détruire l’Univers, ou peut-être pas, la probabilité d’assister à un désastre était d’une chance sur deux. On pourrait en rire, si ce n’était pas si dramatique.

Que peuvent faire les scientifiques ? Selon moi, bien des choses Sur le plan institutionnel, des changements s’amorcent. Dans la toute nouvelle Blavatnik School of Government de l’Université d’Oxford, par exemple, la science fait partie intégrante des cours de politique publique. Nous devons utiliser des projets scientifiques passionnants comme le LHC pour amener les gens à s’intéresser à la science, pas uniquement par des articles scientifiques, mais aussi via de nouveaux canaux, comme le programme de résidence artistique qui vient d’être lancé au CERN. Et les scientifiques qui ont de l’influence doivent utiliser cette influence pour façonner le débat politique dans les capitales et dans des endroits comme Davos.

Depuis plusieurs années, le CERN privilégie l’ouverture, profitant de la mise en lumière du LHC pour dialoguer davantage avec le plus grand nombre (décideurs, population locale, grand public). Nos activités sont ainsi traitées de manière responsable et recommencent à faire la une des médias et à être suivies par le grand public. Parfois, les faits ne sont pas relatés exactement comme nous le voudrions, mais il est question de science, et c’est là l’essentiel.

Lorsque le LHC a démarré, le monde a continué d’exister, et un journal au moins n’a pas hésité à dire que le LHC serait le nouvel Apollo et conduirait toute une génération à s’intéresser à la science. Bien sûr, ce n’est pas à prendre au pied de la lettre, mais ce genre de commentaire a un effet positif. Plus récemment, un autre journal indiquait que la physique possède ce petit quelque chose en plus, cette qualité insaisissable qui le met dans l’air du temps.

La science dans son ensemble doit en profiter et faire en sorte que l’intérêt pour le LHC ne soit pas un simple feu de paille médiatique, et que les échanges avec le grand public se poursuivent. En tant que scientifiques, nous le devons à la planète. Nous devons aider les gens à maîtriser la complexité de leur vie quotidienne, qui dépend de questions scientifiques. Dans douze mois, c’est le message que je transmettrai à Davos.

Rolf Heuer

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