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CNRS-IN2P3 | Paris | France

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Vie et mort tragique d’une cible de tritium

Monday, April 16th, 2012

L’histoire de cette ampoule contenant du tritium s’est déroulée au Cern de Genève et au Laboratoire corpusculaire de Clermont-Ferrand (LPC Clermont) au cours de l’année 1968. Un chercheur clermontois raconte.

La cible de tritium : sa naissance.

« Cette ampoule a été conçue par Jean Faïn, du Laboratoire corpusculaire de Clermont-Ferrand, pour contenir du tritium, dans le cadre d’une série d’expériences de diffusions élastiques cohérentes de protons sur différents noyaux légers. Le cahier des charges imposait que les noyaux de tritium choqués par les protons incidents traversent une faible quantité de matière avant d’être détectés par des compteurs silicium. Un mécanicien du Cern a fabriqué plusieurs ampoules, un travail d’orfèvre. Il fallait souder des feuilles d’acier inox de 100 µm et même de 35 µm à l’endroit le plus fin, enroulées en forme de cône, pour obtenir un objet rigide et parfaitement étanche, l’hydrogène étant le gaz qui diffuse le plus et donc s’échappe très facilement. Cet artisan, très habile, a réalisé cette prouesse, et c’est avec une fierté non dissimulée qu’il nous expliquait, les yeux brillants, cible en main, combien le pari était difficile. »

Sa carrière.

« Plusieurs exemplaires de cette cible furent réalisés, avant d’obtenir l’ampoule parfaite. Nous allons d’abord parler, justement, de celle qui fut utilisée, avec succès, dans l’expérience, puis de la précédente, dont la fin de vie fut… vraiment tragique.

L’ampoule était munie de petits ergots, fixation très similaire à celle d’une lampe à incandescence munie d’un culot à baïonnette. Tous les membres de l’équipe présents au Cern s’entrainèrent, sur le site expérimental, à la mise en place d’une cible (vide), la difficulté principale étant de ne pas l’écraser. Mais finalement, les opérateurs retenus furent Michel Querrou, responsable de l’expérience, et Louis Méritet, le doctorant.

Le jour J, en présence des services de sécurité du Cern, nos deux héros enfilèrent des scaphandres qui les faisaient ressembler à des cosmonautes. Louis était chargé de la mise en place de l’ampoule. L’opération dura plus longtemps que prévu, car les scaphandres ne facilitaient pas leurs mouvements et, de plus, les répétitions avaient été réalisées sans l’usage de gants. Nous attendions, inquiets, derrière l’épaisse porte de béton qui donnait accès à l’expérience. Lorsque la porte s’ouvrit, Michel Querrou apparut titubant, tout rouge : il n’y avait plus d’oxygène dans sa bouteille, mais Louis avait réussi ! Les prises de données achevées, la cible fut récupérée par le Cern et stockée en toute sécurité. »

Sa disparition tragique.

« Voici maintenant l’histoire de l’avant-dernière cible. Jean Faïn et Louis Méritet, les deux convoyeurs, constatèrent, une fois arrivés au voisinage du Cern, que le conteneur emballant l’ampoule contenait des traces de tritium : cette ampoule fuyait. Franchir la douane dans ces conditions était problématique. Après délibération, la sentence fut terrible : la condamnation à mort de la cible !

L’instrument retenu fut la guillotine, confectionnée avec les moyens du bord par Jean. C’est ainsi que dans des bois de la région de Ferney-Voltaire, une pierre, accrochée à une longue ficelle, elle-même suspendue à la branche d’un arbre, devait trancher définitivement la fameuse ampoule et libérer le tritium. Allongés sur le sol, à une distance respectable de ce montage, nos deux bourreaux procédèrent à leur sinistre besogne, une fois, deux fois… rien à faire, le mécanicien du Cern avait trop bien travaillé : l’ampoule était trop robuste ! En désespoir de cause, elle fut remise dans le conteneur et rapatriée à Clermont-Ferrand.

Il fut alors décidé de l’exécuter d’une nouvelle façon. Cette fois-ci, Jean Faïn eut recours à un autre membre du laboratoire, Michel Monnin, lequel possédait une carabine. C’est ainsi que nos deux cow-boys fusillèrent la cible aux environs du plateau de Lachamps, au pied du Puy de Dôme. L’histoire raconte que Michel avait déposé son arme sur la lunette arrière de sa voiture, c’était en mai 1968, et le laboratoire se situait alors avenue Carnot, là où manifestants et CRS échangeaient des amabilités… »

– anecdote fournie par le Laboratoire corpusculaire de Clermont-Ferrand (LPC Clermont), unité mixte de recherche du CNRS/IN2P3 et de l’Université Blaise Pascal, dans le cadre des 40 ans du CNRS/IN2P3.

Masterclasses 2012 : c’est parti !

Wednesday, March 7th, 2012

L’IN2P3 participe depuis quatre ans déjà aux Masterclasses internationales de physique des particules, organisées en partenariat avec le Cern. Nicolas Arnaud, coordinateur national et chercheur au CNRS au LAL à Orsay, témoigne.


Préambule : Savez-vous quelle est la particule élémentaire la plus commune dans le corps humain ? La réponse est bien entendue dans le quiz « Masterclasses 2012 » ! (Un petit indice : c’est l’hydrogène qui fait pencher la balance…)

Masterclass à Lyon en 2011 (laboratoire IPNL). Photo : Pascal Bellanca-Penel

Buffet campagnard ou pizzas à emporter (une achetée une gratuite) ? Désintégration d’un boson W dans Atlas ou événement de bruit de fond ? Bon, une vidéoconférence Vydio avec le Cern, ça ne doit pas être sorcier quand même ? Et un J/Ψ (prononcer jipsi) dans CMS, combien ça pèse ? Bizarre vous avez dit bizarre, ces particules « étranges » révélées par le détecteur Alice qui enregistre leurs désintégrations en « V0 » ? Toutes ces questions et bien d’autres – au fait, comment puis-je voir des muons sur mon écran alors qu’il n’y a pas de coups visibles dans les détecteurs ? – organisateurs et participants des Masterclasses 2012 se les poseront au cours des quatre semaines à venir. Pendant cette période, plus de 9000 élèves de 31 pays passeront une journée dans un laboratoire pour découvrir la physique des particules en général et le LHC en particulier.

Pour la quatrième année consécutive, l’IN2P3 est partie prenante de ce programme international né en 2005 et qui s’adresse à des lycéens et à leurs professeurs. Initiée en 2009, la participation de l’Institut s’est renforcée à chaque édition. En 2012, dix laboratoires français (voir la liste complète et descriptif) organisent 25 sessions (16 Atlas, 6 CMS et 3 Alice) au cours desquelles ils accueilleront une trentaine de classes et donc environ un millier d’élèves !

Si le programme précis d’une Masterclass varie d’un labo à l’autre, les grandes lignes sont fixées : le matin, des présentations orales sur la physique des particules, le Cern et le LHC ; l’après-midi, une séance de travaux pratiques sur ordinateur permettant de manipuler de vraies données du LHC enregistrées en 2011 et de réaliser une mesure scientifique ; enfin, une vidéoconférence (en anglais !) animée depuis le Cern et qui rassemble toutes les classes qui auront participé à une session Masterclass le même jour.

Une Masterclass à Orsay (laboratoire LAL) en 2011. Photo : LAL

Élèves comme professeurs – pour une fois presque sur un pied d’égalité face à une discipline qu’ils ne connaissent que rarement – repartent le plus souvent enchantés de ces journées de découverte des principaux aspects de la recherche fondamentale en physique des particules. À tel point que les enseignants postulent en général dès la rentrée scolaire pour revenir l’année suivante avec leur nouvelle classe ! Si cette « fidélisation » des professeurs est un bon baromètre du succès des Masterclasses, elle a pour conséquence inattendue de saturer l’offre puisqu’un laboratoire donné ne peut pas organiser plus de quelques sessions dans l’année. Jusqu’à maintenant la forte croissance de la participation française a permis de contenter les participants réguliers tout en acceptant les nouvelles demandes. Mais toute période de croissance ayant une fin, il est probable que nous affichions bientôt complet ! En 2013 nous espérons néanmoins être rejoints par quelques autres laboratoires…

Nous devrons donc bientôt réfléchir à la meilleure manière de toucher de nouveaux publics sans pour autant frustrer nos aficionados… Une possibilité parmi d’autres, probablement testée en 2013 par une classe de la vallée du Rhône, éloignée géographiquement des laboratoires de l’IN2P3 : aller visiter le CERN pendant la période des Masterclasses et organiser une session sur place ! Plus globalement, la problématique de l’accès à des élèves issus d’établissements peu favorisés et/ou qui offrent moins d’activités « optionnelles » à leurs élèves se pose. Nous y réfléchirons à l’avenir dans le cadre de « l’École des deux infinis » qui regroupe maintenant toutes les initiatives de vulgarisation dans lesquelles l’IN2P3 est impliqué : conférences, visites de labos, le programme « Cosmos à l’École », la formation d’enseignants, le projet « Passeport pour les deux infinis » et bien sûr les Masterclasses.

Mais assez bavardé maintenant. Il est 9h, les pizzas sont commandées, les logiciels installés en salle informatique et la vidéoconférence testée. Un dernier coup d’œil aux transparents chargés sur l’ordinateur en attendant que les derniers élèves s’installent dans l’auditorium. Une bonne respiration et c’est parti pour une nouvelle Masterclass : adieu la logistique, bonjour la physique !

Nicolas Arnaud, coordinateur des Masterclasses physique des particules pour la France et représentant français pour l’International Particle Physics Outreach Group (IPPOG).

PS : retrouvez les exercices en ligne pour chaque expérience du LHC
- Alice : http://www.physicsmasterclasses.org/exercises/ALICE/MasterClassWebpage.html
- Atlas : https://kjende.web.cern.ch/kjende/fr/index.htm
- CMS : http://www.physicsmasterclasses.org/exercises/CMS/cmsfr.html
- LHCb : Peut-être un exercice en 2013 !? Vous nous manquez ! ☺

Immersion totale d’artistes au CENBG : prise de données

Monday, February 13th, 2012

par Nathalie Aubin et Sylvie Massiot, artistes de la compagnie Nukku Matti

Les zéolithes, le pic du spectre, disséquer les gonades, les nématodes, anaérobie, enzymatique, l’étuve agitante, interaction, j’ai du temps de faisceau, le pouième, la désintégration double béta des états excités, la soupe de quark, la magicité du noyau, TeV, KeV… Des mots imaginaires ? Non, le vocabulaire bien spécifique des scientifiques : leur « jargon » comme on dit. Parce que ces mots nous amusent, parce que les phénomènes qu’ils décrivent nous fascinent, et parce qu’ils nous inspirent tout simplement, nous venons de plonger dans l’univers de l’infiniment petit pour la création d’un spectacle sur la structure de la matière et les particules élémentaires. Nous terminons tout juste la deuxième phase : la prise de données…

Les comédiennes interprètent une chanson devant un instrument de physique du CENBG. Photo : Service audiovisuel de Bordeaux 1

Pour ce faire, nous nous sommes immergées, durant cinq jours, dans le monde de la recherche fondamentale et de la physique des particules. Notre expérience s’est déroulée plus précisément au Centre d’Etudes Nucléaires de Bordeaux Gradignan (CENBG). Nous y avons passé une semaine exceptionnelle et nous avons découvert un univers extraordinaire… Christine Marquet, chercheuse au CENBG, nous a ouvert les portes d’un monde jusqu’alors invisible à nos yeux. Ici les chercheurs tentent de percer les mystères par la réflexion, la collaboration, l’échange de savoir, l’invention et la construction d’instruments insolites pour le néophyte. L’ensemble des professionnels s’est mis à notre portée sans compter son temps, ni son énergie pour partager ses connaissances et ses questionnements.

Ainsi, chercheurs, ingénieurs, techniciens nous ont parlé de noyaux exotiques, de mécanique, d’électronique, de chimie chaude, d’astrophysique, de biologie, d’informatique, de particules mais aussi de la place de la recherche dans notre société, de l’importance de la collaboration internationale, de la question de la rentabilité incompatible avec le principe même de la recherche fondamentale. Nous avons collecté beaucoup de données qu’il va nous falloir analyser et trier, mais comme le dit Stéphane, un physicien du CENBG : « le résultat n’est pas toujours là où on l’attend ».

Toutefois cette semaine d’immersion confirme notre envie de transmettre au plus grand nombre l’enthousiasme dans lequel nous avons été plongées. Notre souhait le plus cher est de réussir à traduire dans ce spectacle la même passion, la même curiosité, la même envie de partage que les chercheurs nous ont montrée.


Vidéo de la « Prise de données » (réalisation : Service audiovisuel de l’Université Bordeaux 1)

Pour le moment intitulé « Parce que 12 », ce nouveau spectacle sera en tournée cet automne. Le projet est soutenu par : l’IDDAC, le CENBG, le CNRS/IN2P3, l’Université Bordeaux 1, la Communauté de Communes du Vallon de l’Artolie, la ville de Villenave de Rions. Pour suivre l’évolution du projet, rendez-vous sur la rubrique “Création 2012” de notre site web !

Un Américain à Paris

Tuesday, December 20th, 2011

Les Parisiens attendent patiemment sous la pluie le 17 décembre 2011, deux heures avant d'assister à la conférence de Saul Perlmutter, Prix Nobel de physique 2011.

Qu’est-ce qui peut pousser les Parisiens à patienter dans le froid un samedi 17 décembre, plutôt que de courir les magasins de Noël ? Simplement la crainte qu’il n’y ait pas assez de place pour assister à la toute première conférence de l’Américain Saul Perlmutter, après avoir reçu son Nobel de physique à Stockholm. En cette année 2011, Saul vient en effet de voir son travail récompensé de la plus haute distinction qu’il partage avec Adam Riess et Brian P. Schmidt “pour la découverte de l’expansion accélérée de l’Univers”.

Si Saul a fait un arrêt par Paris avant de reprendre un avion pour rentrer chez lui, ce n’est pas par hasard. Car des chercheurs de l’IN2P3 au Laboratoire de Physique Nucléaire et de Hautes Energies (LPNHE), travaillent à ses côtés depuis de nombreuses années, engagés dans les programmes de mesure en cosmologie à l’aide des supernovae de type Ia, à l’origine de cette découverte.

C’est donc tout naturellement qu’il a répondu à l’invitation de son collègue Reynald Pain – actuel Directeur du LPNHE et co-signataire de l’article phare du Nobel, acceptant de donner à la fois un séminaire scientifique ce vendredi 16 décembre à l’Université Pierre et Marie Curie, et une conférence grand public à l’amphithéâtre des Cordeliers samedi 17, au coeur du quartier latin. Et c’était la foule des grands jours dans ce haut-lieu historique de Paris. De 600 à 700 personnes se sont entassées dans la salle de 470 places réservée pour l’occasion, dont une centaine assises dans les escaliers, et quelques dizaines restées debout ou assises par terre, là où elles ont pu trouver un petit bout de place !

La foule s'installe. 30 minutes avant le début de la conférence, la salle est déjà presque pleine.

Au menu de cette conférence-événement, l’accélération de l’expansion de l’Univers évidemment, mais aussi l’énergie noire, cette mystérieuse substance “répulsive” qui pourrait expliquer l’accélération en question. Saul est revenu en détail sur l’ensemble de cette aventure qui a conduit à un résultat totalement inattendu… et qui reste largement inexpliqué de nos jours.

Saul Perlmutter, juste avant sa conférence à Paris, le 17 décembre 2011.

Notre physique est souvent jugée trop compliquée à vulgariser, tant et si bien qu’il est parfois difficile de convaincre que l’on peut organiser une conférence, une exposition ou tout autre effort pour partager les mystères de la nature avec un large public. S’il fallait une preuve que le public est avide de connaissance, cette conférence sera au moins là pour attester que les sciences dures peuvent rassembler elles aussi un public très mélangé et de tous âges. Ce public là n’a pas couru les magasins de Noël ce samedi 17 décembre, car son cadeau à lui, c’était de rencontrer Saul Perlmutter. Merci à lui pour ce beau cadeau de Noël offert à nos concitoyens.

Arnaud Marsollier,
responsable de la communication de l’IN2P3

Tous nos remerciements à JP. Martin pour ses photos. Il est possible de lire son compte-rendu de la conférence sur le site: planetastronomy

HCP2011 ou des plaisirs d’organiser une conférence en physique des particules

Thursday, November 10th, 2011

Notre-Dame de Paris veillera-t-elle sur les conférenciers ? Poster : Bruno Mazoyer, LAL.


La vie des physiciens est ponctuée tout au long de l’année de rencontres au cours desquelles ils montrent, partagent et discutent leurs derniers résultats : les conférences. Quelques fois même, ils s’y chamaillent un peu. La semaine prochaine, la conférence internationale HCP2011 (pour Hadron Collider Physics) réunira la fine fleur de la physique des particules, où les tout derniers résultats du LHC et du Tevatron seront mis sur la table. Y aura-t-il des annonces très importantes ? Les rumeurs disent que non, mais sait-on jamais?

Pour l’organisateur d’une conférence, c’est précisément un casse-tête. En effet, l’importance des résultats présentés peut sans doute se mesurer au nombre des participants. Évidemment. Plus les résultats attendus sont marquants, et plus tout le monde « veut en être ». Seulement, lorsqu’on démarre l’organisation d’un tel événement, on n’en sait encore rien. Si donc assister à une conférence peut provoquer bien des plaisirs intellectuels, permettre de découvrir de nouveaux lieux et de nouvelles personnes, en organiser une, aussi… mais bien différemment !

De la feuille blanche, à l’accueil des participants avec l’espoir qu’ils repartiront satisfaits, la progression se fait naturellement avec son lot de surprises. Certaines sont cocasses, quand elles ne dissimulent pas des situations difficiles : “étudiants” africains demandant des visas pour échapper à leurs conditions, ou sud-américains demandant le remboursement intégral de leurs frais de déplacement, nombreuses sont donc les demandes étonnantes. Mais quand une se concrétise, comme celle de ce théoricien iranien de Meshed, qui souhaite réellement présenter ses résultats, et avec qui nous avons travaillé pour qu’il obtienne son visa et ses subventions locales, on réalise à quel point ces conférences conservent encore au moins partiellement leur rôle original. Saviez-vous que les physiciens des deux blocs ont poursuivis leur collaboration en physique des particules durant toute la durée de la guerre froide ?

Et puis passées ces surprises, il y a le creux. On a 50 inscrits, on en attendait entre 150 et 200, et plus personne ne frappe à la porte. Il va falloir faire des économies. On annule l’achat des stylos laser gravés au nom du laboratoire invitant, on réduit le nombre de petits fours en se disant qu’il y en a toujours trop. On se creuse la tête pour faire venir les collègues en conférence à une période généralement dédiée au travail de fond. Peu importe que trois mois plus tôt, lors d’une autre conférence, ils assuraient qu’ils viendraient à “notre” conférence pour assister en direct à la découverte de notre très chère particule (le boson de Higgs bien-sûr), car les données supplémentaires allaient confirmer dans doute aucun la puissance de Goliath. Mais depuis, plus de données ont coulé sous les ponts, et les premiers indices ont disparu comme par enchantement. Alors tout le monde trouve inutile cette conférence, et d’ailleurs ne faudrait-t-il pas tout simplement la supprimer ? Qu’on en discute, et qu’on en décide que diantre!

Entre-temps, on a proposé des posters, de nombreuses présentations pour chaque expérience alors peu à peu ça repart, le programme se met en place, et s’étoffe. Ça devrait aller, et on se demande quel sera le clou de la conférence. On espère que de nouveaux résultats soient présentés, mais on ne maîtrise pas la situation. On voudrait quand même mettre en place une conférence de presse – si par hasard une bonne surprise arrivait ? Mais non, il faudrait mieux trouver un compromis, va pour un compromis !

Ça avance cahin-caha, quelques personnes respectables acceptent l’invitation car elles savent que la science même quand elle est big ne se maîtrise pas entièrement, que les grandes découvertes se construisent par petits pas et que donc de tels rendez-vous sont tout à fait essentiels pour notre communauté.

Les choses s’enclenchent naturellement. Dans notre petit comité d’organisation, on continue à cogiter, et on se jure de comprendre les décisions politiques des grandes expériences, même si au fond 1) on ne les accepte pas et 2) on ferait la même chose si l’on était à leur place…

Et puis tout à coup on est 200 (enfin sur le papier car le “vrai” physicien ne s’inscrit pas avant que les délais ne soient dépassés). Alors on peut ouvrir les tarifs préférentiels pour les voisins qui préfèrent naturellement aller en conférence à l’étranger, et nous voilà 250. Il va falloir assurer. On rappelle les fournisseurs, les choses s’arrangent.

Tout semble en place, mais peut-être les résultats ne seront-ils pas assez neufs ? Et alors qu’on finalise les badges et les pochettes, un e-mail arrive. C’est une demande de “talk” supplémentaire, pour un nouveau résultat « surprenant ». Le correspondant est sérieux, c’est une grande collaboration, il ne ferait pas cette démarche si ce n’était pas « du solide », pas si tard (du moins c’est ce que l’on espère !). Il reste 15 minutes dans l’agenda. Banco, le ”talk” est à vous, envoyez nous le speaker (conférencier) avant que la conférence ne commence car on vous placera le premier jour !

On verra bien. Toujours est-il que lors de l’introduction nous n’annoncerons pas que l’heure du banquet et autres détails logistiques, mais aussi une présentation qui n’est pas sur le programme imprimé et placé dans les sacs confectionnés deux jours plus tôt. Car le résultat vient de sortir, et ce sera peut-être le highlight (temps fort) de la conférence.

À lundi !

– Gregorio Bernardi, organisateur de la conférence Hadron Collider Physics 2011 et chercheur au CNRS au Laboratoire de physique nucléaire et des hautes énergies (LPNHE, CNRS/IN2P3/Université Pierre et Marie Curie/ Université Paris Diderot)

Le temps de la réflexion

Tuesday, October 25th, 2011

Notre domaine de physique vit une période de grande ébullition, riche et passionnante. L’attribution récente du prix Nobel de physique à nos collègues Perlmutter, Schmidt et Riess que je veux féliciter ici, est d’ailleurs pour moi le reflet de ce grand mouvement  de réflexion auquel est associé l’ensemble de notre communauté. Leur découverte il y a une douzaine d’années de l’accélération de l’expansion de l’Univers a proprement sidéré le monde de la cosmologie, et l’énergie noire qui pourrait expliquer cette évidence est devenue un nouveau graal pour les physiciens et pour notre Institut en particulier, qui participe depuis l’origine à ces travaux.

Au même moment, le monde entier porte son regard vers le LHC (Grand collisionneur de hadrons), le plus grand accélérateur de particules au monde, dans l’attente de nouvelles révélations sur les lois les plus intimes de la matière. Nos chercheurs sont ainsi engagés dans une chasse effrénée au boson de Higgs, ce chainon manquant du modèle standard de la physique des particules. Du côté de la physique nucléaire, le chantier du futur accélérateur linéaire Spiral2 démarre officiellement et offrira bientôt à notre communauté une infrastructure internationale de premier plan, permettant d’étudier plus en détail la structure du noyau atomique. L’étau se resserre également dans notre quête de la matière noire, tandis que de manière inattendue, les neutrinos viennent quant à eux jeter le trouble en mettant en doute certains fondements de nos théories.

Bien sûr, il est beaucoup trop tôt pour parler de découverte et le résultat de l’expérience Opera devra être reproduit ou mis en défaut. Le scepticisme quant à cette incompréhensible mesure de la vitesse des neutrinos est d’ailleurs parfaitement sain. Mais il est d’ores et déjà extraordinaire de constater la très grande mobilisation de notre communauté à étudier cette question, aussi bien d’un point de vue expérimental que théorique, dans un fabuleux effort de réflexion collective.

Ainsi, quelles que soient les surprises que nous réserve la Nature, les mois qui viennent seront sans nul doute décisifs pour notre recherche. C’est également pour cette raison qu’il est temps de rassembler notre communauté et de l’inviter à participer à une autre forme de réflexion collective, dans un exercice de prospective pour l’ensemble de nos disciplines. En cette période charnière où d’importantes réflexions stratégiques sont menées en Europe et dans le monde pour imaginer notre recherche de demain, il est important que nous nous rassemblions, chercheurs de l’IN2P3 et du CEA/Irfu pour prendre ensemble le temps de cette réflexion, qui devra permettre à la France de continuer d’être un partenaire majeur dans cette grande quête pour la connaissance dans laquelle nous sommes engagés.

– Jacques Martino, Directeur de l’Institut national de physique nucléaire et de physique des particules du CNRS

Les journées de prospective de l’IN2P3 et de l’Irfu se dérouleront à Giens, du 2 au 5 avril 2012. Les personnels des instituts peuvent participer aux groupes de travail : http://www.in2p3.fr/actualites/media/journees_prospective2012.pdf

Bienvenue sur le blog de l’IN2P3

Friday, October 21st, 2011


À l’occasion de ses 40 ans célébrés cette année, l’Institut National de Physique Nucléaire et de physique des Particules du CNRS est heureux de lancer son blog sur la plateforme Quantum Diaries, rejoignant ceux des grandes institutions de recherche dans le domaine de la physique des hautes énergies.

Ce blog de l’IN2P3 est un nouveau canal par lequel nous diffuserons actualités, éclairages et nouvelles sur la vie de notre Institut. Il donnera nous l’espérons un moyen de comprendre comment se construit au quotidien nos recherches.

Animé par la cellule communication de l’IN2P3, il est également appelé à être ouvert à l’ensemble de la communauté des laboratoires de l’IN2P3 qui souhaiteraient faire partager leur passion pour la recherche.

L’IN2P3 est aussi présent sur Twitter. Rejoignez-nous @in2p3_cnrs !